de
Tristan Choisel
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Les adeptes du Foyer des Inspirateurs croient dur comme fer que l'humanité va être sauvée par miracle. Nous aussi, pourrait-on penser.
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durée : 2h30
> 4 femmes / 3 hommes
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Le gourou avait prophétisé le dévoilement le 9 octobre par une équipe de scientifiques d’une découverte devant entraîner la fin des temps conflictuels, la résolution de tous nos problèmes, en particulier écologiques, la restauration de la planète. Mais la journée du 9 octobre vient de s’achever : et rien. Les membres de la secte se découvrent aussi peu avancés que nous...
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[...]
Au salon, dans un état de grande tension, les uns les yeux rivés sur l'écran de télévision, les autres les yeux dans le vague, ou même fermés : Antonin, Faustine, Jeanne, Lisie, Patrick et Gratien, ce dernier avec la télécommande à la main.
Après un long temps :
PATRICK. – Terminé. Journal de 13h.
GRATIEN, se débarrassant vivement de la télécommande. – Ouais, journal de 13h, c'est terminé.
Patrick vérifie bêtement l'heure à la montre-bracelet posée sur la table basse.
FAUSTINE. – Écoutons quand même les titres.
Quelques-uns écoutent la totalité des titres du journal, sans grand espoir. Puis :
FAUSTINE, cherchant la télécommande. – Essayons d'autres chaînes. La télécommande.
GRATIEN. – Là.
Faustine zappe une fois, deux fois, trois fois, plein de fois, le temps à chaque fois de comprendre de quoi il est question – ils sont toujours quelques-uns à écouter attentivement.
– Jusqu'à ces 13h, chacun de nous est demeuré au salon, autour de la télévision. Jusqu'à la dernière seconde, chacun de nous s'est acharné à dissimuler son doute grandissant, sa détresse grandissante, sa panique grandissante, afin qu'on n'aboutisse pas à un doute, une détresse et une panique de groupe. Le mieux pour ça était de se taire. Déjà bien risqué de se regarder.
PATRICK, se détournant de l'écran. – Non.
FAUSTINE, posant la télécommande. – Non.
Jeanne se dirige lentement vers l'escalier.
– Jeanne va se camper au pied de l'escalier et elle interpelle Ornella, qui est de garde à l'étage, sur le palier, devant la porte de l'appartement de Jacinthe.
Effectivement, sur le palier, debout, tournant le dos au fauteuil, faisant face à l'écran de télévision allumé, tenant à la main la télécommande et portant un revolver dans un holster de ceinture : Ornella.
JEANNE. – Ornella ?!
ORNELLA. – Ouais !
JEANNE. – 13h !
ORNELLA. – Ouais, ben ouais, j'ai vu !
JEANNE. – Tu nous tiens au courant ?!
ORNELLA. – Ben oui !
Elle pose la télécommande sur la table basse et s'assied dans le fauteuil.
– Jeanne se doutait bien qu'Ornella n'était ni occupée à dormir ni occupée à lire, mais attentive à ce qui se passait sur son écran de télévision – attentive, du moins, jusqu'à 13h. Ce que Jeanne voulait en vérité savoir c'est si éventuellement Jacinthe avait déjà fourni des explications à Ornella et si celle-ci tardait à nous les transmettre, pour une raison ou une autre. Apparemment non.
– À présent que 13h vient de sonner, nul d'entre nous ne trouve le courage de donner son avis. Chacun, du reste, s'il le donnait, dirait qu'il ne peut s'agir que d'un simple retard ; voilà ce que chacun veut penser ; il y a unanimité. Mais ignorant qu'il y a unanimité, chacun craint de s'exprimer, chacun redoute que les uns ou les autres, voire tous les autres, ripostent avec une conclusion beaucoup plus radicale, impossible à entendre, trop douloureuse, trop dévastatrice ; explication qui, cela dit, pourrait bien jaillir spontanément, craint-on, sans qu'il soit besoin de provoquer son jaillissement ; quoiqu'on ose espérer que chacun, quelle que soit son opinion, va bien vouloir attendre que Jacinthe nous donne son explication de ce retard, l'explication officielle de ce retard, de ce regrettable mais simple retard. Très vite, on l'espère, Jacinthe ouvrira là-haut la porte de son appartement et elle fournira les explications à Ornella, laquelle, cela est évident, ne tardera pas à nous les transmettre.
– Chacun se dit que le plus sage à faire, en attendant, est d'éviter tout commentaire. De se mettre en mode pause.
– Il n'est peut-être pas à craindre, se dit-on, que l'un ou l'autre tout à coup décide de quitter la maison, de s'en aller, sans même attendre l'explication de Jacinthe. Ça n'est peut-être pas à craindre.
– Jeanne se dit qu'elle ne va pas rester là au pied de l'escalier. Ni se réinstaller au salon. Elle gagne sa chambre, laissant derrière elle la porte grand ouverte. Ça n'est pas là qu'elle a envie d'être, mais où a-t-elle envie d'être ?
Elle s'assied au bord du lit.
Gratien se dirige lentement vers la porte d'entrée.
– Gratien sort prendre l'air sur le seuil, sans fermer lui non plus la porte derrière lui, afin que les autres puissent facilement constater qu'il ne va pas plus loin. Le jardin n'a rien à lui dire.
Patrick saisit la thermos sur la table basse et se rend à la cuisine.
– Bien qu'il n'ait plus très envie de café, Patrick s'en va banalement refaire du café à la cuisine.
– Lisie a la faiblesse de se remettre à zapper,
– ce que peut remarquer Ornella sur son écran à l'étage, écran qui diffuse le programme choisi au salon.
Antonin se dirige lentement vers sa chambre.
– Voyant que chacun, tour à tour, fuit ce salon, Antonin se permet d'en faire autant. Comme Jeanne, direction sa chambre. Il laisse lui aussi sa porte grand ouverte et se traîne jusqu'à la fenêtre pour y faire aller son regard éteint sur les propriétés voisines. La vue, entre-temps, s'est vidée de sa substance.
Faustine se dirige lentement vers l'entrée.
– Il est prévu, cet après-midi, que Faustine fasse de l'entretien au jardin ; c'est son tour. Ne plus respecter le planning, ce serait pour elle comme reconnaître que tout est terminé. Impossible.
Elle se chausse de bottes de pluie dans l'entrée et se saisit au mur de la clef de l'appentis.
– Elle compte faire du désherbage dans les massifs ; avec toute la pluie qu'il est tombé, ça va être l'idéal.
Elle sort.
– Sur le seuil, Gratien se demande un instant où Faustine va ainsi, légèrement inquiet, puis il remarque les bottes, comprend.
– Faustine va chercher dans l'appentis la brouette, dans laquelle elle dépose une serfouette et des gants de jardin, puis elle se rend ainsi équipée, par les allées, jusqu'à l'arrière de la maison.
Lisie, dernière à se trouver encore au salon, repose la télécommande et se rend à sa chambre (l'une de celles qui donnent sur le salon), laissant la télévision allumée.
– Lisie décide d'aller se démaquiller et se doucher ; parce qu'elle commence à se sentir sale, mais surtout parce que la douche a généralement chez elle un pouvoir calmant.
Pour ce faire, avant d'aller à la salle de bains, elle se munit de sous-vêtements de rechange et d'une serviette.
– Là-haut, au moyen de sa télécommande, Ornella baisse le son de l'écran, tend l'oreille pour savoir si les autres en bas échangent ou non, n'entend rien.
Ornella se lève, va voir depuis le haut de l'escalier, constate qu'il n'y a plus personne au salon, retourne dans le fauteuil.
– Antonin, depuis la fenêtre de sa chambre, remarque dans le jardin la présence de Faustine, avec bottes et gants de jardin. Elle fait sa corvée de jardinage ? s'étonne-t-il.
– Eh oui.
– Comme si de rien n'était ? Comme si tout était normal ?
– Oui.
– Comme si le dernier délai ne venait pas d'être atteint ?
– Oui.
– Le dernier délai vient d'être atteint.
– On espère que Jacinthe ne va pas trop tarder à ouvrir sa porte et à expliquer.
[...]
