Le lendemain du jour où il ne s'est rien passé

de Tristan Choisel
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Les adeptes du Foyer des Inspirateurs croient dur comme fer que l'humanité va être sauvée par miracle. Nous aussi, pourrait-on penser.

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> Texte appartenant à la série Initiatives Célestes
 
> Bourse de création du Centre National du Livre (juin 2024)
 
> Ecriture accompagnée par le collectif A Mots Découverts 
 
> Résidence d'écriture à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, Centre National des Écritures du Spectacle (octobre 2025)

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> durée : 2h15
> 4 femmes / 3 hommes
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Le gourou avait prophétisé le dévoilement le 9 octobre par une équipe de scientifiques d’une découverte devant entraîner la fin des temps conflictuels, la résolution de tous nos problèmes, en particulier écologiques, la restauration de la planète. Mais la journée du 9 octobre vient de s’achever : et rien. Les membres de la secte se découvrent aussi peu avancés que nous, désemparés, avec en plus le cadavre du gourou suicidé sur les bras…

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Extrait :

 

[...] 

PATRICK. – Terminé ; journal de 13h.

GRATIEN. – Se débarrassant vivement de la télécommande.

Ouais, journal de 13h, c'est terminé.

Patrick vérifie bêtement l'heure à la montre-bracelet posée sur la table basse.

Chacune et chacun d'entre nous est resté jusqu'à 13h devant l'écran de télévision du salon. Jusqu'à la dernière seconde, chacune et chacun d'entre nous s'est acharné à dissimuler son doute grandissant, sa détresse grandissante, sa panique grandissante, afin qu'on n'aboutisse pas à un doute, une détresse et une panique de groupe. Le mieux, pour ça, était de se taire. Déjà bien risqué de se regarder.

GRATIEN. – Durant les vingt dernières minutes, c'est Gratien qui s'est chargé de zapper d'une chaîne d'infos en continu à l'autre.

À présent que 13h sonne, que 13h vient de sonner, nul ne trouve pour l'instant le courage d'exprimer la moindre conclusion personnelle. Chacun, du reste, s'il devait parler, dirait qu'il ne doit s'agir que d'un simple retard. Voilà quelle est la conclusion intime de chacun. Il y a unanimité. Mais ignorant cette unanimité, chacun craint d'ouvrir la bouche, chacun redoute que l'un ou l'autre riposte avec une explication beaucoup plus radicale, impossible à entendre, trop douloureuse, trop dévastatrice. On veut croire qu'il ne s'agit que d'un simple retard. Reste à connaître l'explication de ce retard. Cela, c'est Jacinthe qui nous le dira, Jacinthe. Très vite, on l'espère, elle ouvrira là-haut la porte de son appartement, et elle fournira les explications à Ornella, laquelle, de là-haut, nous les transmettra.

PATRICK. – Patrick s'en va refaire du café à la cuisine.


Faustine, dans le même temps, va se chausser de bottes de pluie dans l'entrée et se saisit au mur de la clef de l'appentis.


FAUSTINE. – Il est prévu, cet après-midi, que Faustine fasse de l'entretien au jardin – c'est son tour. Ne plus respecter le planning, ce serait pour elle comme reconnaître que tout est terminé. Impossible, tout ne peut pas être terminé. Elle compte faire du désherbage dans les massifs – avec toute la pluie qu'il est tombé, ça va être l'idéal. Elle sort, va chercher dans l'appentis la brouette, dans laquelle elle dépose une serfouette et des gants de jardin, puis se rend ainsi équipée, par les allées du jardin, jusqu'à l'arrière de la maison.


Jeanne est allée entretemps se camper au pied de l'escalier menant au premier étage.


JEANNE. – Jeanne interpelle Ornella à l'étage.


JEANNE. – Ornella !


ORNELLA. – « Ouais ! » lui répond d'en haut Ornella, qui vient comme eux d'assister au passage à 13h sur l'écran de télévision à sa disposition sur le palier.


JEANNE. – 13h !

ORNELLA. – Ouais, ben ouais, j'ai vu !


JEANNE. – Après quoi, Jeanne gagne sa chambre et se dit aussitôt, à peine entrée, laissant la porte grande ouverte, que ça n'est pas là qu'elle a envie d'être, mais elle n'a envie d'être nulle part ; elle va s'asseoir au bord du lit.


 

[...]